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Les urgences, le ministre et la neige

La première partie d'une émission de télévision grand-public envisageant l'hôpital, la pénurie d'infirmières et les urgences, arrive à sa fin. La voix claire et assurée du ministre de la santé résonne dans la salle, à plusieurs reprises, elle clame que nous avons la meilleure médecine du monde.

Et voilà que le téléphone sonne chez ce généraliste qui se délassait après une longue journée chargée de visites et de consultations. Il est appelé pour un nourrisson, après avoir décrypté à travers quelques mots de français imprécis, l'inquiétude d'une mère.

Ralenti par une myriade de flocons de neige fondant sur le pare-brise, les thèmes des débats de l'émission lui reviennent. Ainsi il est financièrement impossible de réaliser pour les urgences, une médecine de qualité et de proximité, d'où la nécessité de revenir en arrière, en fermant des services existants. Il est même précisé qu'avec les facilités de transport, cette mesure devient acceptable. Notre médecin serait pour le moins en droit de se demander, pourquoi ce soir, comme d'autres, il se déplace. D'ailleurs son action au niveau des urgences semble avoir été ignorée par l'ensemble des intervenants, mais on lui laisse entrevoir une participation à la vie active de l'hôpital, probablement pour pallier à l'application des 35 heures. Cette perspective ne lui convient pas, le rythme de travail qui lui est déjà imposé lui laisse peu de temps à partager entre l'amélioration de ses connaissances et sa vie privée. Il dénombre amusé, ses horaires d'activité hebdomadaire. Tout ceci, comme le manque d'infirmières, les salles d'attente bondées, les rendez-vous éloignés à la limite du raisonnable, découle d'une pénurie de personnel médical programmée. Le comble, il y a quelques jours, un patient excédé d'attendre l'a menacé de ses poings. Il lui vient à l'esprit que malgré toutes les cotisations sociales versées, il n'aurait pas pour autant bénéficié du régime des accidents du travail ! Du coup il lève le pied, la route est glissante.

Et puis il y a eu la discussion classique sur la définition de la "bobologie", elle était bien théorique sur un tel plateau, pour lui homme de terrain, elle ne peut s'imposer qu'après avoir tout éliminé. Il pense à l'enfant qu'il va découvrir dans quelques minutes, et espère l'intégrer dans cette catégorie, il en décidera dans un local qui certainement se prêtera mal à un examen précis, il devra utiliser tous ses capteurs de gravité, c'est à dire son approche, ses talents linguistiques, ses sens, ses connaissances, son expérience, sans oublier son pifomètre.

C'est vrai, le monde nous envie notre système de soins, les français doivent savoir qu'il est l'oeuvre de l'ensemble des partenaires. Bien sûr le fleuron doit en être l'hôpital, mais les autres éléments ne doivent pas être dépréciés. Pourquoi donner aux médecins libéraux généralistes ou spécialistes l'image de générateurs de dépenses ? Pourquoi incendier les cliniques qui travaillent sans filet ? La médecine est de plus en plus onéreuse, difficile à organiser, alors plutôt que d'opposer le secteur public au privé, utilisons à fond leur complémentarité, il y a là une source d'économie, d'efficacité, pour ne pas dire de solidarité.

Jacques Delpuget (14/03/01)

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