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Narcogel
par Marc Godart le 01-02-2006 Ă  01:37
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La prescription de larmes artificielles, déclinées sous des formes de plus en plus variées, est-elle corrélée à l’augmentation de la vente des antidépresseurs et des somnifères ? Et si plus on vend d’antidépresseurs, plus il y a de suicides, les ophtalmologistes et les médecins traitants qui ont pris le relais sont-ils devenus prescripteurs de ces larmes que l’on cache pour mieux les vendre ?
Produits de confort qui envahissent nos prescriptions, je n’en voyais pas autant il y a quinze ans et je n’en vois plus la fin. A chaque antidépresseur, correspond un gel différent. Il y a ceux que l’on recopie d’une consultation à l’autre, il y a ceux que l’on change en même temps que le traitement psychiatrique ; pas encore de recommandations officielles ni de médecines basées sur des évidences mais de curieuses coïncidences.
Dans chaque cigarette, il n’y a pas que de la feuille de tabac ; l’accoutumance est l’alchimie de 150 ans d’expériences et d’yeux qui piquent. La sensibilité cornéenne est connue depuis aussi longtemps et l’on a retiré récemment la vente des anesthésiants de contact des officines, preuve que le marché a trouvé d’autres ambitions. Que nous réserve la composition fantastique de ces gels dont les noms s’éloignent du produit pour mieux noyer la sécheresse oculaire dans les flacons et faire oublier les yeux qui piquent grâce à de minuscules anesthésies quotidiennes et topiques ?
Narcogel, une dénomination commune pratique pour des yeux presque abandonnés à eux-mêmes dont on soigne la souffrance en augmentant le prix des doses jusqu’à y répandre sur la cornée le visqueux* que l’on achetait pour la chirurgie des vieux jours.

*Dénomination familière de certains gels utilisés au cours de la chirurgie de la cataracte et pouvant entrer dans la composition des substitutifs lacrymaux.