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Do you want to know a secret?
par Bruno Lopez le 02-04-2009 Ă  22:43
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Dana Jennings (Lonnie Schlein/The New York Times).Dana Jennings est un auteur américain, éditorialiste du New York Times. A 50 ans, en novembre 2008, une prise de sang lui a montré que, comme son père, il était atteint d’un cancer de prostate. Pour Dana Jennings, il était impératif qu’il décrive dans les colonnes de son journal son entrée dans la maladie, comme ce qu’il endurait à devoir s’en sortir. Pour aider les autres, aussi.
Après un score de gravité passablement rassurant, les résultats per-opératoires ont incité ses médecins à compléter sa chirurgie par une radiothérapie puis par une hormonothérapie.
Tout est raconté, les vingt-quatre agrafes post-opératoires qui semblent être le seul lien à l’intégrité des organes, des bouffées de chaleur, à la fréquentation des aiguilles, de celles qui sont plantées avec plus ou moins de dextérité. La distance à l’amour qui s’en va, de l’absence d’éjaculation, puis l’indifférence amoureuse d’un parfumeur qui aurait perdu l’odorat, sauf celui des urines, désormais incontrôlées.
Chaque semaine un message. Do you want to know a secret? Jennings raconte qu’il entend cette chanson des Beatles dans la voiture qui l’amène à l’hôpital pour affûter le diagnostic… Et il pleure ; de joie ou de trouille. Il ne sait pas pourquoi.

The New-York Times


Vingt-trois mars 2009 [1]. Billet hebdomadaire de Dana Jennings dans le NYT. Changement de ton pour qui lit assidûment la chronique de cet opéré. Plus agressif, quelque chose s’est passé. Comparaison. L’étude européenne. Historique, historique d’ambiguïté. Comme une pièce opératoire que deux anatomopathologistes fous tireraient chacun, vers les valeurs du bon, du nécessaire au constat du mauvais, et de l’ injustifiable.

Oui, bien sûr, Jennings nous dit que son cancer était dans sa forme la plus terrible, et qu’il sait très bien, pour lui-même, que son cancer méritait l’extirpation, puis les rayons et les drogues. Il n’empêche. Il réfléchit, et il pense à tous ses compagnons de lecture, de souffrance, ceux de plus de soixante ans, qui ont peut-être enduré pour rien. Et là, tout jaillit, que peut-être que le nombre de chirurgiens dédiés à mutiler ses congénères mériterait bien lui aussi une petite correction, et que, parler statistiques, c’est effacer, et/ou souligner des morts, tout en négligeant leurs visages.
Curieux message, curieuse soirée européenne où, espérons-le, tous les mutileurs de prostate, affûteurs d ‘angoisse, vont se sentir un peu plus merdeux, et arrogants, à avoir tant opéré de monde pour si peu, et en même temps, curieuse soirée que celle des réfuteurs obstinés, tenus à se plier aux résultats mitigés de l’étude, pour ce qui semble encore si obscur dans l’esprit des bien–vivants, l’obligation déontologiquement « obsessionnelle » du devoir de dépistage.
Dana Jennings est en colère, mais sa colère et sa confusion, après avoir fait le tour de sa maladie, semblent désormais faire le tour de ses médecins.
La nuit blanche des longs scalpels ne fait peut-ĂŞtre que commencer.

Do you want to know a secret?


1. Jennings D. The Impossible Calculus of PSA Testing. The New York Times 2009. 23 mars.