Médecine générale

Entre les murs, les portes

samedi 28 mars 2009

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C’est un peu difficile de tenter de dialoguer avec qui ne cherche point à poursuivre le dialogue. Mais enfin, il est toujours bon d’essayer, soit avec l’espoir de trouver un terrain d’entente, soit avec l’intention de ne pas laisser dire, sans répondre, quelqu’un qui trouve que la fin de non- recevoir est avant tout un gage d’impunité de sa position.

Il faut tout négocier, de l’heure de la chimio, du recomptage des compresses, de la taille des cathéters. Le spécialiste est le juge d’application des peines, commis d’office, le généraliste est l’avocat désigné par le patient.
Dire et prétendre ne pas vouloir inquiéter nos patients en refusant d’être les complices muets de l’acharnement diagnostic, ou thérapeutique, est tout à fait louable. Mais il faut aussi envisager l’idée que la contestation tous azimuts des experts peut au final, ne pas aider à une bonne prise en charge thérapeutique des malades.

La cancérologie, en particulier, est le domaine de prédilection de l’achoppement généraliste-spécialiste. C’est le lieu de confrontation "rêvé" entre l’abstentionnisme à visage humain et l’arrogance scientifique à résonnance, ou raisonnance magnétique.
Inquiéter à tort une population déjà fragile en la faisant "monter sur le pont" dans une médecine transformée en "grand garage", en "grande plate-forme" tournante des bricolages invasifs, est l’impression qui ressort souvent de notre observation de généralistes de terrain, qui avons connu les patients dans leur "temps de bonheur", dans le temps où nous avions le triomphe facile de les guérir de maux souvent imaginaires.
Ensuite "ils" nous échappent, et la révolte gronde à voir, à éprouver, ce que parfois "ils" osent leur faire, à les convoquer, perfuser, leur faire perdre jusqu’à leur dernier jour d’agonie en combats finalement foutus d’avance, et à crédit, d’un système de soins non dénué d’arrières-pensées commerciales dans ce que nous voyons bien comme une hystérisation des "maux imaginés".
Nos patients nous associent souvent à la parole conciliante, à l’image de tolérance du généraliste qui peut les prendre entre deux portes, entre deux "clients". Avec l’image de celui qui , certes, sait un peu moins que les spécialistes, mais qui au final les "connait" le mieux. Il savent que nous sommes les plus "mal payés", mais ils savent aussi ce que nous oublions, c’est que pour eux nous serons ceux qui seront payés durant le plus d’années (en souhaitant pour eux-mêmes que le cancérologue, ou le chirurgien digestif ne seront que les "stars" provisoires de leur parcours de santé).

La médecine générale est celle qui reçoit entre deux portes

C’est au nom de cette immuable indulgence que notre statut se "complimente" et trouve sa justification à subsister, dans un monde qui ne connaît plus que des oracles-experts. Devons -nous être les sous fifres de cette belle articulation des soignants, à passer les plats de l’anxiété médicalement induite, puis à cautionner les prolongements de vie uniquement liés à un interventionnisme aveugle ?
Pas peut-être.
Pouvons-nous, dans un système de santé idiotement libéral, prendre le temps de dialoguer avec nos cancérologues, nos patients, pour que les uns ne nous détestent pas, en termes de rivaux subliminaux, et les autres continuent de nous "missionner" pour autre chose que les bons de transport ?
C’est peut-être ici que résiderait la meilleure solution. La médecine générale est celle qui reçoit entre deux portes. Celle de l’abstention coupable et celle de l’acharnement suspect. La première porte est celle qui nous est "culturellement" destinée si jamais nous rejetons en bloc, et par un scepticisme réactionnel bien compréhensible, toutes les opportunités de la médecine moderne. La deuxième est celle qui s’ouvre de plus en plus allégrement au "bon" plaisir des sociétés expertes, celles qui se connaissent des cousins juges, et des neveux politiciens.

Sachons continuer à recevoir entre ces deux portes, avec tact, constance et détermination, dans ce salon improvisé qui a vu naître un jour notre vocation. C’est là que nous avons donné rendez-vous à nos patients, c’est là qu’ils nous attendent.


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