Prévention

Grippe A : le vaccin en question

Commission santé ATTAC - Note 16 mai 2009
dimanche 17 mai 2009

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La survenue au Mexique et aux Etats-Unis, puis dans d’autres pays, d’une série de cas de grippe due à un nouveau type de virus, classé H1N1 "triple reassortants", a réactivé l’intérêt du public, de la presse et des autorités. Sans nécessairement que la qualité des informations diffusées éclaire les citoyens sur la situation.

La dĂ©nomination du virus [1] signifie qu’il peut infecter l’homme, le porc et les oiseaux. De tels virus, capables de franchir la barrière d’espèce, existent et sont suivis aux Etats-Unis depuis 1998. Sans que cela implique un risque particulier de diffusion massive, PANDEMIQUE, ni que si une pandĂ©mie survient, elle sera particulièrement mortelle.

La menace d’une pandémie de grippe sévère est permanente, comme l’est la menace de toutes les catastrophes naturelles. Nul ne sait si la mondialisation des échanges provoque un surcroît de risque. Cependant la diffusion de l’agent infectieux est vraisemblablement accélérée par la circulation des humains, des oiseaux et des porcs vivants.

La rĂ©ponse la mieux adaptĂ©e Ă  ce risque prĂ©visible est d’accroĂ®tre l’efficacitĂ© de la seule prĂ©vention qui vaille : la mise au point et la production rapide et massive d’un vaccin spĂ©cifique, lancĂ©e dès le dĂ©but de la pandĂ©mie.
La possibilitĂ© de production de vaccins dans le monde n’est pas illimitĂ©e. Les capacitĂ©s des industriels ne sont pas tellement extensibles. Pour obtenir un vaccin, il faut disposer d’une grande quantitĂ© d’Ĺ“ufs embryonnĂ©s d’une qualitĂ© garantie, nĂ©cessitant des Ă©levages certifiĂ©s, dont le nombre est limitĂ©. Il y a lĂ  un plafond technique quasi indĂ©passable et un point de fragilitĂ© dans la chaĂ®ne de production car les Ă©levages de poules sont susceptibles d’être infectĂ©s par le virus grippal.

Il faut donc passer Ă  la production de vaccin non techniquement plafonnĂ©e, avec une procĂ©dure rapide, contrĂ´les cliniques et biologiques compris. Ceci implique de rĂ©soudre une sĂ©rie de problèmes technologiques. Le mode actuel de la recherche pharmaceutique, implique pour chaque firme de prendre un brevet Ă  chaque Ă©tape franchie. Ce qui compromet, retarde et complique l’ensemble du processus. Sur un marchĂ© concurrentiel, la compĂ©tition entre firmes est gĂ©nĂ©ratrice d’obstacles, dont chacun peut coĂ»ter de nombreuses vies. Il existe une alternative : chaque fois qu’un laboratoire, public ou privĂ©, universitaire ou industriel, trouve une brique manquante Ă  l’Ă©difice, elle doit aussitĂ´t la mettre librement Ă  la disposition de tous les autres chercheurs et producteurs de vaccins. Ce qui devient possible si on interdit de breveter les produits et procĂ©dĂ©s nĂ©cessaires Ă  la prĂ©vention et au traitement de la grippe pandĂ©mique ou si on leur applique d’emblĂ©e le rĂ©gime de la licence libre (General Public License).

Aujourd’hui la situation est bloquĂ©e. Les mesures d’urgence prises après le dĂ©clenchement de la pandĂ©mie n’auront que peu d’effet. La coopĂ©ration nĂ©cessaire ou la procĂ©dure de licence obligatoire impliquent des mois de mise en place. Par ailleurs les industriels ont montrĂ©, pour ce qui concerne le sida, combien les enjeux humains pesaient peu face aux intĂ©rĂŞts financiers. C’est donc une importante dĂ©cision politique Ă  l’échelle mondiale. La France est particulièrement bien placĂ©e pour lancer cette initiative, car elle est en pointe dans la production industrielle de vaccin antigrippal.

Le silence fait autour de cette non dĂ©cision tĂ©moigne de l’aveuglement ou du manque de courage des responsables politique des pays industrialisĂ©s.

[1] H1N1 "triple reassortants" : cette dĂ©signation indique des rĂ©assortiments antigĂ©niques qui rĂ©sultent de rĂ©assortiments gĂ©nĂ©tiques. Ce qui a des consĂ©quences sur la capacitĂ© de transmission infectieuse entre espèces et sur la capacitĂ© Ă  s’immuniser naturellement lors de la maladie ou par vaccination prĂ©ventive.


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