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Libre opinion

Une médecine servie et non asservie par informatique

vendredi 30 janvier 1998, par Jacques Delpuget

Vivre l’avÚnement et le développement de l’informatique est une chance de notre génération. L’initiation au Basic a été un émerveillement de par la magie du tableur, mais nous ne pouvions prévoir ce qui continue d’être une véritable explosion touchant chacun des éléments de notre société.

Dans ce climat, les médecins sont pour la plupart persuadés que l’informatisation peut améliorer leur travail quotidien, faciliter leur information , et par une communication rapide et simplifiée les sortir de leur isolement afin de mieux résoudre leurs problèmes techniques ou thérapeutiques.

A côté de ces espoirs, se profilent des craintes
Certains pensent que la médecine aujourd’hui doit être informatique et font de cette idée un véritable dogme, en fait l’ordinateur est un outil prodigieux qui mène à une utilisation du chiffre et de la statistique impliquant une certaine sagesse. Déjà la présence des RMO, mais certainement leur excès sont peut-être un risque pour la médecine. Comment rouler sur une route dans un fatras de panneaux de signalisation... N’oublions pas que la rigidité administrative, si elle réjouit ses concepteurs, est un terrible frein à l’initiative, à l’efficacité et détruit tout esprit humaniste.
Le médecin reçoit de toutes parts des informations, chaque jour il a la chance de pouvoir parcourir des pages de revues ou d’écrans. En contrepartie il lui est nécessaire d’avoir un temps de réflexion et de posséder un solide esprit critique, pour une bonne utilisation de ces connaissances, qui entreront dans ses choix et décisions lors de l’acte médical.
Par la télétransmission des feuilles de maladie, les médecins se voient chargés de tâches jusque là destinées aux organismes de sécurité sociale, ce qui va accroître leur travail et leurs frais de fonctionnement. En retour, un contrat autoritaire leur a été proposé, avec des exigences de rendement impossibles à tenir.
Quand une avarie du dispositif de télétransmission se présentera, ce sera des séries de coups de fils à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et aux maintenances du matériel, du logiciel ou du réseau... tout en étant pressé par des urgences et une salle d’attente impatiente, de quoi regretter les vieilles pannes de stylo bille ! Il est difficile de comprendre que les organismes intéressés par ce système, proposent une aide financière plutôt que la fourniture et l’entretien du matériel de télétransmission, solution plus économique pour le contribuable et aussi plus fiable, elle est possible car elle semble devoir être retenue en Grande-Bretagne.
Pour télétransmettre un maximum de feuilles de maladie, les caisses pourraient décider de façon énergique, de ne rembourser aux assurés uniquement les actes médicaux effectués hors urgences chez les porteurs de la carte Vitale, cette condition n’a pas été envisagée, il est plus facile de laisser le médecin dresser ses patients à ses dépens...
Un des risques de la télétransmission est de voir se multiplier les renseignements de toute nature, à fournir sur la feuille de maladie. Pour preuve, le rapport Kervasdoué sur l’informatisation propose, afin de contrôler l’activité des médecins, une nomenclature permettant de spécifier les motifs de consultations des patients... Ce sera un jour une petite case de plus à cocher par ici, ensuite une lettre ou un chiffre par là, où en est la limite ?

Les médecins sont conscients
La plupart des médecins sont conscients de la nécessité de traiter les malades de la façon la plus efficace, la plus sûre et au meilleur prix, mais ils ne peuvent que constater une mise en place du processus de télétransmission assez mal pensée. La succession rapprochée des Carnets de santé, des cartes SESAM Vitale 1, Vitale 2, témoigne d’une précipitation voisine de l’irresponsabilité, or il s’agit d’une affaire qui se chiffre en milliards, importante pour le pays qui l’observe...
En fait, il faut souhaiter que lors de circonstances de cette importance, les administrations et les décideurs de la santé sortent de leur terrain habituel, et ne se contentent pas d’alourdir de réglementations, voire d’atrophier un travail médical qui demande une disponibilité d’esprit pour être efficace. La finalité en est le malade qui doit trouver chez son praticien, technique et sécurité, et aussi un certain humanisme, au moment où un écran va s’interposer et risque parfois de troubler une relation qu’il convient à nous tous, de privilégier.


Voir en ligne : COCNet

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