Démographie médicale : pénurie ou dynamisme ?

samedi 11 août 2001

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La pénurie de la démographie médicale n’est pas une fatalité survenue par hasard. Elle découle de planifications successives, guidées par l’esprit malthusien qui anime les différentes politiques sanitaires depuis une trentaine d’années.

Ce délai a été nécessaire pour que les méfaits des répétitions d’un numerus clausus étriqué, soient perçus sur le corps médical libéral et hospitalier. Parallèlement il n’est pas exclus que certains facteurs bien connus aient été sous-estimés comme l’augmentation et surtout le vieillissement de la population qui accroît de façon impensable la demande de soins. Il y a eu aussi le départ à la retraite d’importantes générations de professionnels, le développement du temps partiel lié à la féminisation, et l’affectation croissante de médecins vers d’autres secteurs d’activités. Par ailleurs en 1985 la formation des spécialistes a vu disparaître les importantes promotions de CES au profit de l’internat qualifiant, l’idée était bonne, mais le nombre de postes insuffisant, et il l’est resté ce qui explique le malaise présent. Pour compléter le registre des imprévoyances, le corps vétérinaire a aussi ses problèmes de recrutement risquant de mettre à mal notre sécurité alimentaire. Et puis le manque d’ infirmières, ce véritable désastre affecte l’ensemble des établissements de santé, et génère des conditions de travail réduisant l’attractivité de cette profession.

Les malades sont les principales victimes de la pénurie

Avant de parvenir à un acte médical, les malades peuvent être confrontés à des délais et à des attentes à la limite du supportable, bien qu’inférieurs à ceux de certains systèmes sanitaires étrangers aux attitudes irresponsables.
Pour le médecin, un des premiers signes révélateurs de pénurie, est la difficulté rencontrée lors de sa recherche de remplaçant, associé ou successeur. Actuellement la médecine générale est beaucoup moins touchée que les spécialités. Quand elles le sont gravement, le praticien doit s’adapter à la demande, souvent l’emprise de sa vie professionnelle devient excessive, difficile à supporter, et bien anachronique. Autre conséquence de la diminution des actifs, le déséquilibre des régimes de retraite présage de sérieux problèmes à venir.
Il est impossible d’ignorer que parmi la masse des candidats préparant chaque année les différents concours d’accès du secteur de la santé, certains sont éliminés de quelques points, victimes d’une sélection drastique imposée par un numerus clausus mal dosé. Aujourd’hui ils connaissent l’existence de la pénurie, le poids de leur absence, celui d’un gâchis. La profession vers laquelle ils se destinaient, les a rejetés, le plus frustrant est qu’elle envisage maintenant à leur place, d’avoir recours à l’immigration. A ces jeunes laissés-pour-compte, la vocation écrasée, il ne reste qu’amertume et mépris.
La diffusion et la répartition médicales se sont tissées sur le territoire génération après génération, en répondant de façon cohérente aux besoins sanitaires, et dans une totale liberté... Finalement elles assurent une couverture et une sécurité donnant toute sa valeur à un système de santé qui respecte le droit aux soins de chacun, et facilite au mieux son accessibilité. Envisager une répartition médicale homogène, est une erreur au moment où les praticiens continuent d’améliorer leur fonctionnement en se groupant. Sans être plus efficace, elle aboutirait à un dispositif rigide peu compatible avec le principe du libre choix, et garantirait mal des à-coups comme les épidémies, ou de défaillances de praticiens isolés. Il existe deux grandes disparités géographiques plus théoriques que réelles. Les régions méridionales à juste titre privilégiées, elles regroupent une multitude de retraités avec leur cortège de besoins. De même les grandes agglomérations, traditionnels pôles attractifs pourvus de formations hospitalières, bénéficient pour ces raisons d’une densité médicale supérieure à celle des campagnes. En fait actuellement notre attention doit être surtout focalisée sur le problème très complexe de la santé dans les zones sensibles. Les jeunes médecins avant de débuter devraient pouvoir bénéficier de conseils, suggestions, de listes départementales de besoins médicaux, de situation sanitaire et autres informations pouvant leur être profitables. Leur liberté d’installation a montré jusqu’à présent dans la répartition une efficacité réelle, et demeure le seul moyen conciliable avec les risques encourus.

Cette pénurie, issue d’une succession d’imprévoyances

Cette pénurie, issue d’une succession d’imprévoyances, est l’objet d’études, rapportées à plusieurs reprises dans "le Quotidien". Certaines d’entre elles, tout en montrant la nécessité d’agir d’urgence sur les quotas de recrutement, proposent d’adjoindre des modifications de structure et de fonctionnement du système. Cependant quand ces propositions sont susceptibles de transformer profondément l’exercice de la profession et surtout de diminuer la qualité de la médecine, il paraît difficile d’envisager que ce soit aux administrations de tous bords qui portent en fait la responsabilité de la situation, d’en décider seules. Devant l’ importance du sujet, il serait démocratique et sage que les hommes et les femmes qui partagent journellement ce métier, se fassent bien entendre par le biais de leur représentation syndicaleCette pénurie, issue d’une succession d’imprévoyances.
Le traitement de la pénurie est loin d’être simple du fait de la latence des actions, et parfois de leur intrication laborieuse aux effets des 35 heures. Personne ne conteste les mesures à appliquer d’urgence, même en bousculant les calendriers. La première consiste à laisser exploser le numerus clausus pendant quelques années, d’autant plus que d’énormes vagues de départs à la retraite vont déferler pendant la décade à venir, sans oublier qu’en 2004 apparaîtront les internes de médecine générale, dont l’arrivée dans la vie active sera différée. Dans le même temps il est impératif de maximaliser le nombre d’internes de spécialité, avec priorité aux disciplines les plus désertées. Cet apport de jeunes médecins sera une véritable aubaine pour des Services hospitaliers bien qu’ils soient tenus de mettre en ouvre toutes leurs capacités de formation. Quelque soit le protocole, les professions de santé devront s’armer de courage et de patience, la population, de tolérance, et nos partenaires administratifs, d’encouragements.
La gestion de la démographie médicale est complexe de par la durée des études et l’existence de nombreuses spécialités. L’important est de s’en tenir à une évidence bien que peu appliquée, valable pour toutes les professions. Il s’agit simplement d’adapter les flux de formations aux besoins du pays. Parallèlement une surveillance constante de la démographie est indispensable et doit s’accompagner d’une réactivité efficace. Les actions de cette gestion ont des effets souvent reportés à très long terme, pratiquement à la génération suivante. Aussi, demander à nos démocraties des efforts budgétaires pour éviter des difficultés si lointaines, n’est ni médiatique ni électoraliste. et peut expliquer la stagnation du numerus clausus.
Nous avons la meilleure du monde, alors qu’à quelques heures de vol, une partie de l’Afrique survit dans un état sanitaire pitoyable. Sur un fond de pauvreté s’accumulent sida, paludisme, tuberculose et autres endémies spécifiques avec de redoutables épidémies. L’aide financière internationale est indispensable, mais pour être efficace, elle doit aboutir à des actions médicales concertées. Pour ces dernières, notre manque d’effectifs doit être très gênant lors de négociations de projets, alors que nous avons acquis une solide expérience de Médecine Tropicale dans la lutte contre les grandes endémies...
Les décideurs français de la Santé ne doivent pas se limiter à restreindre le corps médical aux aléas des budgets de l’Assurance-maladie. Nous devrions être plus dynamiques, avec une médecine mieux distribuée, capable de s’ exporter, et se tenir prêts pour les grands desseins humanitaires, sinon avec opportunisme, des pays historiquement moins prestigieux le feront.


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