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Santé publique

Politique du médicament

Le silence des programmes santé

vendredi 19 mai 2006, par Elie Arié

Je suis impressionné par le silence des programmes santé de tous les partis sur la politique du médicament, alors que la hausse prévisible de leurs prix menace de faire exploser tous les systèmes de protection sociale, et qu’il s’agit, par ailleurs, du seul domaine où des économies substantielles sont réalisables, puisque c’est le seul où il existe des marges réelles, tant pour les prix que pour la consommation. Peur d’affronter les intérêts
de l’industrie pharmaceutique ?

Chacun sait, pourtant, ce qu’il faudrait faire.

- Obligation (comme dans les autres pays européens), pour les médecins, de prescrire les molécules en dénomination commune internationale, et non sous leur nom commercial et, pour les pharmaciens, de les délivrer sous la forme
commercialisée la moins chère.

- Mettre à la disposition des médecins des logiciels de bonne prescription, qui existent déjà.

- Déremboursement des médicaments à efficacité non démontrée (près de la moitié de ceux qui sont actuellement remboursés).

- Interdire la prescription des médicaments en dehors des indications de leur autorisation de mise sur le marché, qui sont les seules dans lesquelles leur efficacité a été prouvée.

- Rendre l’information pharmacologique des médecins indépendante de l’industrie pharmaceutique, et en confier le monopole à l’ Afssaps.

- Interdire les articles de publicité rédactionnelle dans les revues pseudo-médicales.

- Rembourser les médicaments sur la base du prix de celui qui est le moins cher dans la même classe thérapeutique, comme en Allemagne.

- Mettre fin à la procédure du "dépôt de prix", qui revient à accorder le droit aux laboratoires de fixer eux-mêmes le prix des nouveaux médicaments.

- Accorder aux hôpitaux le droit de faire jouer la concurrence sur les prix des différents laboratoires pour l’achat d’un médicament équivalent.

- Mettre en place, comme aux Etats-Unis, des circuits de délivrance directe du médicament du grossiste au consommateur (80 % des prescriptions sont des
renouvellements d’ordonnances), ce qui fera considérablement baisser le prix de la distribution, qui intervient actuellement pour 30 % du prix du
médicament.

Et ce ne sont que quelques pistes...


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Messages

  • Tiens, le rapport d’information du Sénat sur l’industrie du médicament, après 8 mois d’enquêtes, ne dit finalement pas autre chose ! Je reproduis ci-dessous l’article du "Monde" daté du 15.06.06 (je ne me limite pas à en donner le lien, car il deviendra rapidement payant) :

    Les conditions de mise sur le marché et de suivi des médicaments "souffrent d’un manque de transparence et d’une trop grande dépendance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique". Tel est le constat dressé par la mission d’information de la commission des affaires sociales du Sénat consacrée aux enjeux sanitaires de la politique du médicament, dont le rapport a été rendu public mercredi 14 juin.

    C’est l’annonce, en septembre 2004, par le laboratoire américain Merck, du retrait du marché mondial de son anti-inflammatoire vedette Vioxx, accusé d’aggraver les risques cardio-vasculaires, qui a poussé le Sénat à se pencher sur le circuit du médicament en France, pays champion d’Europe de la consommation pharmaceutique (Le Monde du 10 juin). Le rapport, réalisé par les sénatrices Marie-Thérèse Hermange (UMP, Paris) et Anne-Marie Payet (UDF, la Réunion) à l’issue de sept mois de travaux et plus de quarante auditions, passe en revue toutes les étapes de la commercialisation des produits de santé remboursés par la Sécurité sociale et souligne avec clarté les faiblesses de l’information, de l’expertise et de la pharmacovigilance. Au terme de son étude, la mission sénatoriale formule une série de recommandations visant à améliorer l’usage et le suivi des médicaments.

    Qu’il s’agisse des agences sanitaires, de la formation des médecins ou des experts chargés d’évaluer les produits, l’industrie pharmaceutique est omniprésente à tous les niveaux. Chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché (AMM), l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) est financée à 80 % (contre moins de 50 % en 1999) par des redevances versées par les laboratoires. Quant au budget de 103 millions d’euros de la toute jeune Haute Autorité de santé (HAS), il est "sans commune mesure avec les moyens dont dispose l’industrie pharmaceutique" et apparaît "insuffisant" au regard des multiples missions dévolues à la HAS, dont l’évaluation du service médical rendu (SMR) des médicaments et l’amélioration des pratiques médicales.

    Les sénateurs souhaitent "un renforcement des financements publics", surtout pour permettre le développement des études post-AMM. Ces études, dont la nécessité est reconnue, visent à repérer les éventuels effets indésirables d’un produit pharmaceutique lors de son utilisation "en vie réelle" (et pas seulement sur un échantillon réduit de personnes lors des essais cliniques). Une évaluation d’autant plus importante que, pour l’heure, les laboratoires ne sont pas obligés de fournir des essais comparatifs dans leur dossier de demande d’AMM. "Les critères retenus pour l’évaluation d’un médicament relèvent plutôt d’une appréciation par défaut que d’une évaluation de son apport novateur", estiment les sénateurs.

    La mission regrette également que l’industrie pharmaceutique "se soit imposée comme le premier vecteur d’information des professionnels de santé". Pas étonnant, dans ces conditions, que la France soit confrontée à "des problèmes de prescriptions inadaptées et de surconsommation médicamenteuse". Dès leurs études, et tout au long de leur carrière, les médecins évoluent dans un environnement où "l’absence de neutralité" est la règle. Dans les facultés de médecine, la pharmacologie est "le parent pauvre" des enseignements. Par la suite, la formation médicale continue (FMC) - obligatoire depuis 1996 - est financée à 98 % par les laboratoires. Quant aux 24 000 visiteurs médicaux qui vont promouvoir les produits de leur firme dans les cabinets de ville, ils "influencent considérablement les comportements de prescription", relève le rapport. Le Vioxx, indique-t-il, avait mobilisé "plus de mille visiteurs médicaux". De plus, les laboratoires "noyautent" la presse médicale et sont parvenus, en finançant le dictionnaire Vidal, qui trône sur tous les bureaux médicaux, à "monopoliser" l’aide à la prescription.

    Afin de réduire l’influence de l’industrie, la mission sénatoriale appelle de ses voeux le "développement d’un réseau de délégués de l’assurance-maladie" qui diffuserait "les recommandations des agences sanitaires" et favoriserait l’émergence de "logiciels de prescription indépendants". Soulignant enfin le problème des "conflits d’intérêt" des experts externes auxquels les agences sanitaires font appel pour examiner les dossiers d’AMM, le rapport recommande l’élaboration d’une "charte" ou d’un "statut" de l’expert.
    Sandrine Blanchard

    • Dans "le Quotidien du Médecin" du 16 Juin, charge très virulente contre ce rapport d’information du Sénat, qui ose critiquer les méthodes de l’industrie pharmaceutique.

      Dans le même article, affirmation de l’indépendance totale du Quotidien du Médecin par rapport à cette même industrie pharmaceutique.

      Cherchez l’erreur.

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