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La malédiction du dossier médical personnel

dimanche 30 avril 2006

Déjà deux victimes

Une malédiction fatale semble frapper tous les patrons du GIP-DMP. Jacques Beer-Gabel a mieux résisté que Pierre Bivas à l’atmosphère délétère qui sévit au sommet du GIP-DMP, mais il a été contraint à la démission.
Le troisième directeur général nommé en moins d’un an aura-t-il une meilleure santé ?

Jean-Jacques Fraslin, Fulmedico - 28 avril 2006.


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Messages

  • A -Les difficultés du DMP (le dossier « unique » contenant « tout ») :

    1- CHU : les services ont peur que les autres services ne publient à partir de leurs données (les premiers essais de DMP hospitaliers, aux USA, se sont tous terminés devant les tribunaux).

    2- Activité chronophage qui doit être prévue à l’avance :

    - aux USA, un urgentiste passe 70% de son temps devant son ordinateur, un généraliste 30%

    - en France, le DMP sera chez un hébergeur : aucun médecin n’acceptera d’attendre 10 minutes en cas de problèmes de connection.

    3-Difficulté de passager du « langage » parlé aux « codes » informatiques :

    - dans une même spécialité, cohabitent plusieurs dialectes locaux (un test récent :les cardios du service de Lariboisière n’ont pas compris 28% des termes utilisés par les cardios de la Pitié)
    - 
    - des sigles ont des sens différents selon la spécialité (l’ IVG des obstétriciens n’est pas celle des cardios)

    4-La loi française rend le DMP inutilisable et inutile : le patient en est le propriétaire, le médecin-traitant en est le responsable , et le DMP est censé regrouper l’ensemble des données concernant un patient ; mais un patient a le pouvoir de s’opposer à la saisie de certaines données : le patient est donc le seul qui peut savoir si le dossier est exhaustif : il ne servira donc à rien et n’existera jamais.
    Aux USA, les patients ne peuvent ni accéder à toutes les données du dossier, ni les modifier, ni s’opposer à la saisie de certaines infos.

    5-Coût : d’après Kaiser-Permanente, qui regroupe 1,7 millions d’assurés aux USA, le coût d’un dossier informatisé est de 400 dollars par patient et par an : aucun budget de cet ordre n’est prévu en France.

    6-Le DMP ne collecte les infos (un compte-rendu d’examen radio, un résultat d’examen biologique) que sous forme d’ images, plus ou moins organisées, des infos : ce n’est pas comme si le radiologue ou le labo pouvait entrer dans l’ordinateur du médecin pour y infiltrer l’info, qui pourrait alors être traitée informatiquement par lui ; le DMP ne sera donc pas informatiquement utilisable pour des systèmes experts d’aide au diagnostic et au le traitement, ni pour la recherche (recherche de corrélations), etc.

    B)- LE DMI (dossier informatisé non généralisé) est différent et déjà difficile :

    - Il faut des normes, et 6 couches successives pour chaque norme (sémantique, synthétique, sécurité, transport, etc.) ;

    - Officiellement, en France, ce système de couches, dit HL7, marche ; mais elles ne sont pas intercompatibles (les normes de biologie de ville ne sont pas celles de la biologie hospitalière, etc.)

    - « une pile de briques n’est pas une maison » : si des fonctions sont informatisées, cela ne signifie pas qu’elles soient intégrées ( que signifie « la pharmacie de cet hôpital est informatisée » ? quelle relation entre l’informatisation des différentes tâches qu’elle effectue ? La seule délivrance d’un médicament met en jeu une cinquantaine de processus).

    - Aux USA, on ne cherche pas à ce que chaque médecin, chaque hôpital, etc. ait le même dossier ; mais on travaille sur l’intégration du système que chacun a à sa disposition (chez lui, pas chez un hébergeur)

    - La condition préalable pour créer un DMI utile est que les dossiers papier soient impeccablement tenus ;

    - Aux USA, on considère que, pour passer du dossier papier au DMI opérationnel, il faut 10 ans :

    2 ans pour la conception du dossier, les bases d’échanges (dictionnaires, protocoles) le répertoire des patients, le répertoire du personnel pouvant avoir accès au dossier,

    2 ans pour la conception d’un portail destiné aux médecins

    etc.

    Il n’est pas impossible qu’en France, la T2A (tarification des hôpitaux à l’activité) puisse faciliter les choses.

    C)- Conclusion

    - Le DMP est impossible (l’expérimentation future sur 3000 sites ne répond pas aux cahier des charges de la loi Douste-Blazy).

    - La gestion du DMI impose des motivations, des compétences, une volonté d’impulsion et de suivi qui n’existent pas en France.

    - Après les élections, on n’en entendra plus parler.