Accueil > La tribune > Pénurie médicale : une priorité

Démographie

Pénurie médicale : une priorité

dimanche 15 septembre 2002, par Jacques Delpuget

Parmi les dysfonctionnements actuels de la profession, la plupart sont imputables à la pénurie d’effectif.

Que ce soient les difficultés d’organisation des gardes et urgences, le dépouillement de certains services hospitaliers, les spécialités en voie de disparition, les praticiens souvent débordés par un rythme de travail excessif à la limite du cadre sécuritaire, les délais et attentes parfois insupportables pour le malade, le temps restreint accordé à la prévention, les vaines recherches de remplaçants, d’associés ou de successeurs, et même les inégalités de répartition géographique voire certaines désertifications, et aussi la fragilité inquiétante d’un système de retraite par diminution des actifs.
Tous ces problèmes, entre autres, ont un point commun : le manque de médecins.
C’est le résultat de trente années d’imprévoyance, par répétitions d’un numerus clausus insuffisant, ne répondant pas à un désir de planification de la démographie médicale face aux besoins du pays, mais trop souvent à un choix polarisé sur le budget de l’assurance maladie du moment.

Le résultat de trente années d’imprévoyance

En fait la pénurie est favorisée par certaines évolutions du personnel médical non compensées par le flux de formation. Ce sont surtout les vagues importantes de départ à la retraite qui déferleront encore dans une décennie. Mais aussi le développement du temps partiel et la diminution de la journée de travail qui témoignent du souci légitime de nouveaux arrivants, de se donner moins intensément à leur vie professionnelle que leurs aînés. Et puis ce sont des changements importants décidés sans avoir été précédés par le moindre coup de pouce du numerus clausus, telle l’application des 35 heures pour les salariés, et surtout la réforme de l’internat prévue en 2004, car pendant les années de stage de la promotion initiale, il n’y aura aucune installation de généraliste !
Cependant si la formation de médecins stagne, la demande médicale s’accentue de façon incontestable car les Français de plus en plus nombreux, vivent plus vieux. Et sans faire d’hypothèse fumeuses, certains événements sont susceptibles d’augmenter l’activité médicale actuelle. Ce peut être l’amplification des risques liés à la pollution, aux transports, loisirs, sports, aux catastrophes naturelles ou terroristes, et aussi les complications consécutives au déploiement de l’utilisation de drogues, dopants et de toute autre chimie, ou bien l’application des techniques génétiques, le déchaînement de demandes de chirurgie esthétique, ou la multiplication d’expertises médicales.
Le problème est que les chiffres des organismes statistiques officiels, ne sont pas à la hauteur de l’importance, ni de l’aggravation inéluctable de la pénurie que nous subissons...

Messages

  • Afin de régler cette pénurie médicale, en partie liée à un numerus clausus trop étriqué pendant plusieurs années, il devrait y avoir création de passerelles aujourd’hui inexistantes du cursus scientifique vers le cursus médical. Beaucoup d’étudiants en science biologique, physiologique et autres seraient intéressés par des enseignements médicaux afin de compléter leur formation de scientifique, obtenir des diplômes afin de rejoindre le corps médical. Les médecins ainsi que les pharmaciens ont déjà accès à des diplômes scientifiques comme la thèse de science pour accéder à la recherche. Je pense que ce transfert des connaissances dans les deux sens est très important et permettrait de résoudre en partie cette pénurie. Cela éviterait l’augmentation excessive du numerus clausus, au risque de former des futurs médecins non motivés et de mauvais niveau.

  • Tout faux...

    Il y a-t-il "pénurie de médecins" en France, comme le répète la presse à l’envi, sans avancer le moindre chiffre ni se livrer à la moindre comparaison internationale ?

    Il n’y a JAMAIS eu autant de médecins en France : 200 000, et on parle de pénurie ; mais j’ai retrouvé un article datant de 1938, où l’on parlait de pléthore, pour 30 000 médecins (Algérie comprise...).

    Si le numerus clausus avait été maintenu à 4700 , la densité médicale en France en 2020 aurait étécomparable à ce qu’elle était en 1985, époque où l’on parlait, pour la même proportion de médecins, de "pléthore médicale".

    Si le numerus clausus était porté entre 6000 et 8000 d’ici à 2007, la France disposerait en 2020 de la même densité médicale que les Etats - Unis ( 280 pour 100 000 habitants).

    Densités actuelles pour 100 000 habitants :

    Moyenne des pays de l’OCDE 292
    Moyenne des pays de l’ Union Européenne 337
    Italie 570
    Espagne 440
    France 335
    Suède 290
    Norvège et Etats-Unis 280
    Canada 210
    Japon 190

    Autrement dit : le problème de la démographie médicale française est un problème :

    1 -de réponse à une question jamais posée : quels sont les objectifs de la médecine ? À quelle « demande » doit-elle « répondre » ? On peut imaginer des réponses impliquant des besoins d’un médecin par habitant. On notera simplement que personne ne parle de « pénurie » médicale au Japon (une des densités les plus faibles), et que, chez nous, la même densité médicale est, selon les époques, perçue comme une « pléthore » ou une « pénurie », avec un jeu incessant de yo-yo du numerus clausus aux concours d’entrée en Faculté de Médecine, faute de savoir de quoi on parle ;

    2 -de répartition très inégalitaire à travers le territoire ( la densité des médecins pour 100 000 habitants varie entre -chiffres de 2000- 424 pour l’ Ile -de - France et 409 pour Provence- Alpes- Côte d’ Azur, et 241 en Picardie ; les inégalités entre centre villes et banlieues vont également en s’accentuant).

    3- de répartition par spécialités : nous formons un trop grand nombre de spécialistes par rapport aux besoins en généralistes, et si les places offertes à l’ Internat de Médecine Générale (devenue une spécialité comme les autres) restent notoirement insuffisantes, c’est parce que les postes d’ internes – donc la formation de médecins – dépendent essentiellement des besoins de fonctionnement des services des Centres Hospitalo-Universitaires, et non des objectifs d’une politique de santé ; ainsi l’organisme de formation ( le service hospitalo – universitaire) est-il devenu une fin en soi, et non un instrument au service d’une politique… C’est pourquoi personne ne parle du manque dramatique de certains spécialistes tels que les médecins scolaires (1pour 9000 élèves), car la prévention n’intéresse personne dans un pays où tous les responsables de la santé ne manquent pas de l’invoquer régulièrement sur le mode incantatoire : dans les huit groupes de travail créés à la suite du rapport du Haut Comité pour l’ Avenir de l’ Assurance - Maladie, aucun n’est consacré à la prévention…

    L’ouverture du numerus clausus combinée à la liberté d’installation ne feront qu’augmenter la densité médicale en Ile-de-France et PACA, sans modifier celle de la Picardie , alors que les solutions aux problèmes de répartition sont connues depuis longtemps :

    1- incitations à l’installation dans les zones déficitaires, non seulement financières, mais portant sur le cadre de la pratique ( réseaux, cabinets de groupe, organisation du système de gardes, partage d’activités, de plateaux
    techniques et de personnel entre praticiens isolés et établissements) ;

    2-conventionnement sélectif en fonction des objectifs géographiques (comme en Allemagne)…mais encore faut-il qu’on se soit fixé des objectifs !

    3—extension et substitution de tâches entre médecins et paramédicaux, entre généralistes et spécialistes, à l’exemple de ce qui se fait aux Etats-Unis..

    Mais, surtout, comprendre que si l’on souhaite répondre à TOUTES les demandes, dont le champ ne cesse de s’étendre ( procréation, stress, mincir, "être bien dans sa peau"...), il n’y aura jamais assez de médecins.

    "Les solutions ne manquent pas, mais ce qui frappe c’est leur non préparation, la recherche dans l’urgence de solutions mal étudiées à des problèmes connus depuis plus de vingt ans" (Jean de Kervasdoué, ancien Directeur des Hôpitaux).

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.